Tribune signataire dans “LE MONDE”

Par Thomas CHASSIN

Le 25 septembre dernier, il a été annoncé la fermeture des salles de sport pour le public pratiquant une activité physique à but thérapeutique dans les zones ciblées “d’alerte renforcée et plus”. 

Il est évident qu’il s’agit d’un non sens de santé publique et de bien-être des pratiquants. Ainsi, il a été important de réagir, une tribune a été réalisée dans le journal “LE MONDE” le samedi 3 octobre dernier avec les signatures de beaucoup de représentants nationaux du mouvement médical et sportif dont Sport Santé 86 fait partie. 

 

 

Voici l’article : 

“Fermeture des gymnases : il faut « considérer les publics bénéficiaires du “sport sur ordonnance” comme des publics prioritaires »

samedi 3 octobre 2020

 

 

L’activité physique adaptée représente une « thérapeutique non médicamenteuse », assure un collectif de professionnels du sport, de soignants et de médecins, parmi lesquels Stéphane Diagana et les professeurs Jean-François Toussaint et Gérard Saillant, qui demande aux pouvoirs publics d’ouvrir l’accès des espaces sportifs aux publics fragilisés.

 

Professionnels de l’activité physique adaptée, nous accompagnons chaque jour des milliers de Français vivant avec une maladie chronique, des seniors et des sédentaires dans l’amélioration de leur condition physique et de leur santé.

Notre pratique, que l’on appelle communément le sport santé, est reconnue par la communauté scientifique, par le ministère chargé des sports et par le ministère de la santé. C’est un levier de prévention et de traitement, une thérapeutique non médicamenteuse validée recommandée par la Haute autorité de santé. Les deux ministères ont ainsi référencé des structures – les maisons sport-santé (MSS) – pour accompagner partout sur le territoire national les publics pour qui la pratique régulière d’une activité physique adaptée est un enjeu de santé.

Notre savoir-faire repose sur la conception et la supervision de programmes d’activité physique adaptée (APA) à la santé individualisés, éducatifs, efficaces et sûrs. Nous déployons nos services dans des établissements sanitaires et sociaux ou à domicile, mais aussi et surtout au sein d’équipements sportifs couverts (gymnases, des salles de sport, ou autres établissements dédiés recevant du public)… Autant de lieux de pratique d’activités physiques et sportives qui sont aujourd’hui fermés et nous sont interdits d’accès sur décision du gouvernement dans le cadre de la lutte contre le coronavirus.

« Bénéfices incontestés »

En effet, selon les termes du communiqué gouvernemental du 25 septembre, les personnes atteintes de maladies chroniques ne sont pas incluses parmi les publics reconnus comme « prioritaires ». La continuité thérapeutique, indispensable dans leur parcours de soin, n’est pas prise en compte dans les exceptions ouvrant droit à l’accès aux équipements sportifs, alors que les continuités « éducative, professionnelle ou de haute performance » le sont… Il ne s’agit pas pour nous de nier la gravité de cette pandémie, et les risques auxquels exposent les espaces confinés. Nous sommes d’autant plus conscients de ses impacts que nous prenons en charge chaque jour des publics dans leur difficile parcours de réadaptation post-Covid. Il s’agit simplement de pointer une contradiction en rappelant ce que le Haut Conseil de santé publique

(HCSP) affirmait dans son avis du 2 juillet 2020 :

 

« Devant les bénéfices incontestés de l’activité physique adaptée, le HCSP alerte sur la perte de chance que constituerait un retard dans la mise en oeuvre de la remise en condition physique des personnes atteintes de maladies chroniques et des personnes âgées dans cette période post-confinement ».

« Les personnes atteintes d’une maladie chronique, notamment diabète, obésité, affections respiratoires chroniques, ont davantage de risque de développer des formes graves de la Covid-19. Les conditions dans lesquelles s’effectuent les activités physiques de ces patients doivent tenir compte de ce risque accru, mais ne doivent en aucun cas servir de prétexte à l’abandon de l’activité physique ».

Abandonner les programmes d’APA en cours induirait des effets délétères dramatiques pour ces personnes fragilisées, comme pour toutes les personnes que nous suivons depuis des semaines pour d’autres pathologies et pour qui l’activité physique adaptée est une thérapeutique non médicamenteuse validée.

Dans une situation sanitaire qui renforce cette évidence, nous, masseurs-kinésithérapeutes et autres professionnels de santé, enseignants en activité physique adaptée et éducateurs sportifs certifiés, refusons cette perte de chance pour nos publics.

Quel que soit notre lieu de pratique, à travers l’accompagnement que nous leur délivrons et à travers les protocoles sanitaires et les gestes barrières que nous respectons, leur santé et leur sécurité sont nos priorités. C’est pourquoi, nous demandons aux pouvoirs publics de considérer les publics bénéficiaires du « sport sur ordonnance » comme des publics prioritaires, pour leur ouvrir l’accès à des espaces de pratique conçus pour le sport et l’activité physique adaptée.

 

 

Une petite victoire tout de même. Effet ou pas de l’engagement collectif, l’arrêté préfectoral parisien a autorisé “l’accueil d’activités physiques pour les personnes munies d’une prescription médicale” dans les établissement sportifs couverts (arrêté préfectoral 2020-00806 du 5/10). Nous espérons qu’il en sera de même sur tout le territoire.